La métaphore de la « jarre trouée » du Roi Ghézo, ancien Dahomey, (actuel Bénin), est perçue comme le symbole fort de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) ».

Le Congo 66 ans plus tard, se trouve à un tournant crucial pour son développement. Selon cette image de la « jarre trouée » du roi Ghézo, chaque pays dont le Congo doit « boucher ses trous » pour que le continent puisse se remplir d’eau synonyme d’une Afrique intégrée, prospère et pacifique pour atteindre les objectifs fixés par l’Union africaine (UA) dans l’agenda 2063.

Après près de huit décennies d’indépendance, le moment est venu pour le Congo d’apprendre de son passé pour bâtir un avenir économique solide, en se tournant vers la dynamique de la ZLECAf.

Un Passé Et Un Avenir Liés

Si la vision panafricaine du Congo reste étroitement liée à celle des autres pays de la sous-région, notamment via des initiatives comme la Cémac, la CEEAC ou l’Ohada, le bilan économique du pays demeure préoccupant. Selon le rapport du ministère de l’Économie, entre 1958 et 2023, le Congo peine encore à établir une économie capable d’assurer le bien-être de sa population.

Le Congo, Un Pays De Transit Par Excellence

Le Président de la République a pris comme engagement pour le quinquennat 2026-2031 de renforcer la vocation de transit du Congo en mettant l’accent sur le développement des infrastructures logistiques pour être au rendez-vous de la ZLECAf. En effet, le pays est riche de ses 15 départements, possède pourtant d’importants atouts géographiques : plusieurs corridors de transport, un réseau fluvial dense, et un potentiel agricole, forestier, halieutique et touristique encore sous-exploité. Ces ressources pourraient faire du Congo un véritable centre de transit régional. Mais leur exploitation reste limitée, et la dépendance au pétrole, soumise aux fluctuations mondiales, demeure un frein pour la diversification économique.

Les Défis Et Opportunités De L’intégration

La suppression des visas pour tous les ressortissants des pays africains d’ici le 1 janvier 2027 annoncée par le Président de la République et l’ouverture des frontières prévue pour 2030 dans le cadre des échanges commerciaux de la ZLECAf pourrait représenter une opportunité majeure pour le Congo, à condition de renforcer ses capacités à diversifier son économie. La dépendance au secteur pétrolier expose le pays à des risques économiques importants, d’où la nécessité de renforcer la décentralisation, d’attirer des investissements et de développer des secteurs non extractifs. La ZLECAf offre un marché de 1,4 milliard de consommateurs, un levier pour stimuler l’innovation et soutenir la croissance des PME et des startups. Pour cela, les structures comme l’ACPE, le Fonea, le Figa, ou encore les ZES, doivent renforcer leur présence sur tout le territoire pour encourager le développement local.

Améliorer Le Climat Des Affaires

Malgré des avancées ces dernières années, le classement du pays dans le rapport Doing Business reste faible (180è rang sur 190 Etats), ce qui limite l’attractivité pour les investisseurs. Des efforts concrets sont nécessaires pour sécuriser les investissements et favoriser la création d’entreprises. Le Plan National de Développement (PND) 2022-2026 insiste sur l’importance d’améliorer le capital humain, l’accroissement des budgets consacrés à l’éducation, à la santé et la protection sociale. Ces axes seront essentiels pour maximiser les bénéfices de l’intégration économique continentale.

Renforcer La Connectivité Avec Les Pays Voisins

Les défis infrastructurels constituent une étape clé pour profiter pleinement de la ZLECAf. La mise en place d’un réseau ferroviaire régional intégré à l’instar du projet de Réseau ferroviaire continental intégré à grande vitesse (AIHSRN), le Marché unique africain du transport aérien (SAATM) ou la promotion d’un Réseau électronique panafricain sont indispensables pour faciliter le transport de personnes et marchandises. La Commission économique pour l’Afrique estime que la mise en œuvre de la zone pourrait doubler le volume de fret routier, passant de 201 à 403 millions de tonnes. Il est donc urgent de rendre les corridors congolais plus compétitifs et de continuer à investir sur les projets infrastructurels.

Un Appel À L’action

À l’image du Cameroun, qui en août dernier a délivré son premier certificat d’origine Zlécaf - un document essentiel pour prouver l’origine des produits et bénéficier des préférences douanières sur le continent - ou du Kenya qui, grâce au commerce de vêtements de seconde main soutenu par le digital, génère annuellement 112 millions de dollars, le Congo dispose d’importantes opportunités pour se relever.

Malgré les nombreux défis, la voie de l’émergence est ancrée dans l’histoire et repose sur la volonté des autorités de continuer à mettre en œuvre les actions sur le PND 2027-2031, la priorisation de la mise en œuvre de la stratégie nationale et le programme « Vision Congo 2063 » visant à transformer et diversifier son économie, tout en s’alignant sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Michesie KIBONGUI ADZEU,
Magistrate-Analyste-Experte ZLECAf